"FOREIGN CURRENCY" - JAZZ HOT

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Le journal de l'île


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Né dans le Midi il y a trente-neuf ans, Yves Brouqui est un guitariste pour qui le terme « tradition » revêt de l'importance. Elevé aux sons des notes de Wes Montgomery, Grant Green, Kenny Burrell et autres Tal Farlow, il cherche, dans sa musique, à retrouver cette sensation si particulière. Lorsqu'il quitte le sud de la France pour Paris, ce qu'il entend et joue ne lui convient pas. Il décide alors d'aller puiser à la source du jazz la sonorité ronde et chaleureuse qu'il veut transmettre à son publie En compagnie de Nicolas Rageau, il quitte Paris pour New York. Il s'immerge dans cet univers propice à sa recherche et revient en France pour nous proposer son premier opus. La formation qu'il choisit, (g-p-b-dm), correspond à l'idée qu'il se fait de la guitare, celle d'un certain âge d'or de cet instrument, dans les années cinquante. Il s'entoure de musiciens de qualité, Alain JeanMarie (p), qui a joué avec Clark Terry et Max Roach, Charles Bellonzi, ancien partenaire de René Thomas, Lou Bennett et Johnny Griffin, pour qui la tradition est au centre de leur expression musicale. Ces deux personnages de la scène jazz et l'ami Nicolas Rageau (b) accompagnent le guitariste tout au long de Foreign Currency. Yves Brouqui opte pour un répertoire composé aux deux-tiers de standards, car ils sont, selon lui, « le véhicule idéal de l'improvisation et le terrain d'entente commun à tous les musiciens de jazz ». Il distille un « Will You Still Be Mine » avec beaucoup de clarté. Son chorus est de la veine d'un Tal Farlow. Phrases rapides et courtes, notes tenues pour mieux repartir sur les chemins tracés par la rythmique, qui swingue à merveille, avec un piano qui embellit à la perfection ses interventions. Alain Jean-Marie nous propose son jeu aéré et fluide, qui se combine bien avec les thèmes exposés («The More I See You»). Les compositions du leader conservent cet aspect mélodique et fiévreux sur une base rythmique post-bop, qui a permis à la guitare de poursuivre sa percée dans le jazz (« An Eye With Steve»). Ses partenaires bénéficient de longues plages de liberté pour s'exprimer. Nombreux 4/4 pour Lolo Bellonzi, « The End of a Love Affair», au cours duquel les musiciens nous offrent un super moment. Des chorus de qualité pour le bassiste chez qui transparaît l'influence d'Oscar Pettiford (« Somewhere in the City »). Avec cet album, on retrouve l'ambiance qui prédominait dans les clubs des années cinquante, lorsque les maiÎtres de la guitare prenaient appui sur des musiciens d'exception, Wynton Kelly (p), Tommy Flanagan (p), Ray Brown (b), Jimmy Cobb (dm), pour ne citer qu'eux. Yves Brouqui a pris le parti de réaliser un album made in the tradition. L'écoute de son CD laisse poindre un brin de nostalgie, qui nous fait dire qu'il a choisi la bonne voie. Ce retour aux sources, impulsé aux Etats-Unis par Wynton Marsalis et relayé par des guitaristes comme Mark Whitfield démontre que ce travail est fertile et qu'il donnera la force à des musiciens régionaux (et ils sont nombreux) de s'exprimer dans ce sens-là!

Michel Maestracci