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Un tel album ne peut être apprécié qu'à l'aune de ses propres critères tant l'option musicale est ici explicite et clairement revendiquée par Yves Brouqui dans son court texte de pochette : primauté de l'aspect mélodique, fidélité aux standards (les deux tiers du répertoire) et pulsation hard bop. Sur ces base, le premier disque du guitariste à la tête d'un quartette de haut vol (il est accompagné par Alain Jean-Marie, Nicolas Rageau et Charles Bellonzi) est particulièrement abouti: osmose entre les membres du groupe (An eye with steve, From this moment on), fluidité rythmique (Will you still be mine) non exempte de surprises (ainsi du double tempo qui ouvre Love is a many splendored thing), mise en valeur des talents de conteur du guitariste dont le jeu n'est pas sans rappeler celui du talentueux Russell Malone. Il est rare de rencontrer chez un jeune musicien pareille maîtrise technique tout entière mise au service de l'élégance du phrasé, de la cohésion des choruses le plus souvent développés dans le respect du tempo initial (Somewhere in the city est à cet égard exemplaire) et sans recours excessif à des traits de virtuosité qui dépareraient des thèmes comme The more i see you ou You go to my head. On peut toutefois regretter que la ligne harmonique de certains standards n'aient pas fait l'objet d'un traitement plus imaginatif et surtout que cette formation déjà très soudée n'ait pas enregistré après un passage en club, réserve qui vaut - on l'aura compris - comme un encouragement louangeur pour l'avenir.
Stéphane Carini