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Certains disques en quelques minutes laissent entrevoir toute la valeur d'un musicien. Dès les premières notes du " Girl Talk " de Neal Hefti, parfaitement choisies et calées dans un allant voluptueux, on devine que Marc Hemmeler fait partie du cénacle des pianistes d'ici capables de rivaliser avec leurs pairs de là-bas. Que Ray Brown, ce géant (le mot est faible !) de la contrebasse, ait accepté l'invitation au duo du pianiste suisse en dit déjà long, quand on sait que le Duke en personne fait partie des rares prédécesseurs (This One's for Blanton, 1972). L'enregistrement s'est déroulé à l'ancienne, de nuit, en trois heures, sans débauche de matériel et en totale décontraction. A partir d'un mélange de blues mid-tempo et de ballades, ce qui pouvait donner une séance honnête mais facile a produit un de ces disques secrets dont on ne se lasse pas. Il y a par moments dans le phrasé de l'ancien accompagnateur de Grappelli une joliesse mélodique qui ne séduira pas tout le monde, mais son style entre le tonus de Peterson et la sobriété de Basie la fait vite disparaître. Et les lignes de basses de Ray Brown tombent si justes ! Ecoutez comment un thème aussi éculé que " Take the 'A' Train " retrouve toute sa fraîcheur sous les doigts de ces interprètes. La simplicité cache la performance authentique.
Vincent Bessières (So What, n°27, octobre 1998)