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Il aura finalement suffit de quelques
mois à Pierrick Pedron pour s'affirmer comme l'altiste
qui monte. C'est que ce Breton briochin s'est révélé
tard à lui-même. Même s'il tâtait du
sax depuis longtemps (avec Didier Squiban), ce n'est vraiment
qu'en 1997, en écoutant "Parker with Strings",
qu'il décida de devenir jazzman. En mettant tout à
coup le turbo dans son sax et dans sa vie. "J'avais tellement
de lacunes, confesse-t-il, qu'il m'a bien fallu travailler, relever
les chorus de Bird comme un acharné. Sur les conseils d'Olivier
Témime, j'ai vite fait connaissance de nombreux saxophonistes,
à commencer par Théberge et Belmondo, et multiplié
les rencontres et les sorties rue des Lombards". En 1999,
il vend sa 306 pour aller vivre quelques mois à New-York
à l'invitation de Xavier Richardeau. Il sort tous les soirs
"boeuffer" dans les clubs et y rencontre plein de musiciens
comme Jon Gordon qui devient son ami. Pascal Anquetil - Jazzman
Joël Pailhé - Jazzman
Aujourd'hui, la trentaine triomphante, il se sent enfin mûr
pour présenter son premier album et quartette sous son
nom avec Vincent Artaud à la contrebasse, Baptiste Trotignon
au piano et Franck Agulhon à la batterie. Chaud devant
!
Ce premier disque du saxophoniste
Pierrick Pedron mérite attention et il ne faudrait pas
que le choix d'une formule aujourd'hui fort banalisée (le
quartette) le fasse passer inaperçu. Car nous avons là
un instrumentiste parfaitement au point sur le plan professionnel,
épaulé d'un pianiste, Baptiste Trotignon (signalé
dès 1997 par Jazzman parmi les nouveaux talents) à
la personnalité forte, aussi bien en solo qu'en soutien.
Pratiquant l'alto, Pierrick Pedron a un large héritage
à assumer. Aux influences de Hodges, Parker, Stitt, Woods,
Mc Lean, Garrett, il conviendrait d'ajouter celle d'Art Pepper.
Mais en fait, il vaudrait mieux parler de filiation, car Pierrick
Pedron prend appui sur cet héritage sans chercher à
faire une impossible synthèse, mais pour proposer son propre
langage. Et ça marche. On doit dire qu'il est particulièrement
aidé par le travail de Baptiste Trotignon, qui réalise
un sans-faute et se distingue dans sa composition tout en nuances
L'Amer à boire. Les pièces signées par le
contrebassiste Vincent Artaud ne présentent pas un intérêt
majeur, mais qu'importe. Pierrick Pedron tient son monde, et le
fait savoir. Le jazz français se porte bien.