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Tom STORER
On entend déjà les
grincheux : encore du bebop un répertoire rabâché,
du jazz sans surprise... Les grincheux feraient bien d'ouvrir
leurs oreilles. D'abord parce qu'un enregistrement signé
par le contrebassiste Luigi Trussardi n'est jamais anodin : cet
homme-là possède en propre l'art de transmettre
l'esprit du jazz, dont il a tout connu depuis quarante ans.Ensuite
parce que Trussardi aime toujours à présenter de
nouveaux talents, avec lesquels on le sent en parfaite connivence.
Enfin parce que ce répertoire-là n'est pas si fréquenté
(qui joue aujourd'hui les compositions de Gigi Gryce ?), et qu'il
n'est aucunement question de revival. Ecoutez par exemple la façon
dont le pianiste Laurent Courthaliac envisage l'univers de Monk
: jamais dans l'imitation, mais avec un esprit neuf et curieux
; admirez la fougue des saxophonistes Gaël Horellou (alto)
et David Sauzay (ténor) dans Opus de Funk (Horace Silver)
ou Shaw' Nuff (Parker/Gillespie) ; partagez le plaisir du batteur
(François Ricard (Salute to the Band Box). La diversité
des formats, du duo au quintette, et la palette des couleurs sonore
(Luigi Trussardi utilise aussi la basse piccolo) soutiennent encore
l'intérêt tout au long du disque. Une réussite
supplémentaire à l'actif de ce leader aussi modeste
que respecté, et de ces jeunes musiciens qui, de collectif
MU en Nuits blanches du Petit Opportun, en passant par le festival
de Calvi, prouvent un peu plus chaque jour leur talent de jazzmen,
sans oeillères stylistiques.
Arnaud Merlin - Jazzman
Le contrebassite Luigi Trussardi fait partie de ces contrebassistes
européens qui ont accompagné tout un monde, y compris
les plus grands, américains ou européens, dans l'univers
des clubs, des standards et du swing qui reste au coeur de la
pratique du jazz. C'est cette expérience, couvrant quelques
décennies, qu'il apporte à ce nouveau CD, consacré
aux compositions de Monk, Bud Powell et autres boppers. C'est
ainsi qu'il aide à transmettre la grande tradition du bebop
à ses jeunes partenaires et au public.
A la remarque de François Lacharme dans le livret - "Alors
que tout, en musique, semble aujourd'hui tenir lieu d'évènement,
il faut oser le chemin du bebop" - on aurait pu répondre
que c'est quand même un changement que beaucoup empruntent,
même de nos jours. Mais justement, ce n'est pas forcément
l'audace qu'on recherche - ici on admire l'authenticité
de ce bebop, en commençant par le répertoire, d'un
goût irréprochable, et en continuant par le son de
la section rythmique, très "d'époque".
Une musique de répertoire, mais qui n'a pas pris une ride.
L'instrumentation varie tout au long du CD. Le ténor David
Sauzay est à l'honneur sur quatre compositions, rejoint
par le très chaud Gaël Horellou au sax alto pour deux
morceaux, dont un "Shaw'nuff" endiablé. Le trio
Courthaliac/Trussardi/Ricard se distingue sur "Wee See"
de Monk, "Hallucinations" de Bud Powell (qu'on reconnaîtra
comme étant le "Budo" des fameuses séances
"Birth of the Cool" de Miles Davis), et "Salute
to the Band Box" de Gigi Gryce. Enfin Trussardi, suivant
l'exemple de Ron Carter, joue à l'archet une basse piccolo,
quelque part entre le violoncelle et la contrebasse, sur "Crépuscule
with Nellie" et le superbe "My Ship" de Kurt Weill,
qu'on n'entend pas assez souvent. Malgré le solide travail
du groupe sur les autres morceaux, ce sont ces deux-là,
où les thèmes sont joués simplement, sans
solo, que je préfère..