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Lors de son dernier entretien
avec Jazz Hot en 1999, Luigi évoquait son plaisir de jouer
un jazz qu'il aime, qui swingue avec de jeunes musiciens qui redécouvraient
avec lui la source vivifiante de la tradition. Cet album en est
la parfaite illustration. Le programme : en noyau dure, quatre
pièces parmi les plus denses des compositions de Monk;
dont nous savons par ses emprunts systématiques dans ses
albums précédents que Luigi est un passionné,
et trois de Bud Powell parmi les plus parfaites, qui y répondent
par leur forme très abouties ; cette structure élémentaire
est animée de couleurs chatoyantes : Horace Silver (une
valeur solide) et Gigi Gryce (un injustement oublié) répondent
à Dizzy Gillespie-Charlie Parker et Kurt Weil. Le CD commence
sur un ton sérieux avec le titre éponyme et se termine
poétiquement dans un lyrisme tendre et serein sur un thème
du compositeur de l'Opéra de Quat' Sous. Entre les deux,
une sorte de feu d'artifice, celui de ma vie redécouverte
avec ses jeunes complices. Les arrangements sont simples sans
affectation, la solidité des compositions supportant la
sobriété. Les interprètes jouent de la musique
: pas de démonstration, une lecture attentive mettant en
valeur la musicalité de chacun. Pas de faute de goût
: un disque parfait dont la réussite tient aussi à
la qualité exceptionnelle du répertoire choisi,
d'une grande cohérence. L'unité du bebop y est célébrée
dans toute sa diversité ; son classicisme le rend plus
qu'intemporel, toujours jeune jusqu'à le faire dialoguer
sans heurt avec la musique construite de Kurt Weill. Félix W. Sportis