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Rares sont les jazzmen français qui réussissent à s'imposer outre Atlantique, Yves Brouqui est un de ceux-là. Il nous revient aujourd'hui avec un deuxième album pour le LABEL ELABETH enregistré en public au SMALLS, un des haut lieux du jazz New -Yorkais. Yves Brouqui nous propose une plongée nouvelle dans le "hard-bop" le plus fiévreux, un style qu'il maîtrise à la perfection, avec une éblouissante aisance...
Yves BROUQUI, pouvez-vous nous parler de votre dernier CD.
J'ai enregistré ce disque durant un week-end sous mon nom dans un club de New York qui s'appelle Smalls. Les musiciens de ce quintet sont tous des gens avec qui je jouais durant mon séjour à New York. Grant Stewart a été mon co-locataire pendant 3 ans et un peu mon "mentor". A ses côtés j'ai pu améliorer ma culture et mon vocabulaire. Grant jouait déjà très bien de l'alto à 12 ans, le langage du jazz est quelque chose de très naturel chez lui. J'ai voulu réunir dans ce quintet des gens avec qui j'avais l'habitude de jouer pour que la musique soit la plus naturelle possible ; c'est aussi la raison pour laquelle le répertoire est assez classique. Je voulais avant tout obtenir un son de quintet plein et rond avec énergie et swing. Je joue beaucoup avec le pianiste Michael Wilner. Il fait de fréquents séjours en France durant lesquels nous jouons le plus possible. C'est un pianiste de grand talent et je crois qu'il aime la France, alors...!
Quel a été votre parcours musical ?
J'ai d'abord joué à
Paris (je suis originaire de Grenoble) pendant une dizaine d'années
au début avec Simon Goubert, Luigi Trussardi puis Steve
Potts (pendant six ans), George Brown, Laurent Fickelson, Emmanuel
Bex. J'étais un fan d'Alain Jean-Marie qui a mes yeux (mes
oreilles) détenait le
"savoir"!! J'ai toujours voulu jouer dans cette tradition.
Je me suis ensuite installé à New York ou j'ai pu
améliorer mon oreille et ma connaissance de ce langage.
J'y ai appris à mieux écouter et à mieux
comprendre cette musique, encouragé par les musiciens que
je fréquentais et par ceux que j'allais écouter.
Plus j'avance et moins j'ai l'impression d'en savoir, mais il
paraît que c'est bon signe...
Parlez-nous de ce langage.
L'essentiel du langage jazz a
été créé en une quarantaine d'années
de 1925 à 1965, c'est très court. Comprendre la
musique de n'importe lequel de ses créateurs peut demander
une vie entière, voire plus. Je pense que la somme d'informations
est telle qu'il paraît impossible d'assimiler toute cette
culture et songer à la suite. Quelque uns y arrivent, je
pense à Brad Meldhau par exemple, il y en a d'autres mais
ils sont quand même rares. C'est pour cela je pense que
les musiciens se spécialisent de plus en plus, cela entraîne
des clans
qui ne se comprennent pas toujours. On parvient cependant à
déceler un fil conducteur dans toutes les différentes
expressions de ce langage, c'est le swing, le son, les accords,
la mélodie... Je joue d'une manière assez classique,
et je pense que le hasard a aussi poué un rôle dans
ce "choix". On est attiré par un cetrtain style,
on rencontre des gens qui le possèdent mieux, on cherché
à les imiter et on se réveille avec une étiquette,
ou tel style. Je cherche mon inspiration chez des musiciens comme
Charlie Parker, Wes Montgomery, Grant Grenn, Kenny Burell... J'aime
un son rond et j'ai un souci constant pour la mélodie.
Je n'écris pas encore ma propre musique car il y a tant
de beaux morceaux à jouer que la nécessité
de composer ne se fait pas encore sentir. Je veux continuer à
améliorer mon vocabulaire, mon son. Je fais plutôt
partie de la catégorie de ceux qui améliorent et
paufinent que de ceux qui inventent ; les deux sont cependant
nécessaires et complémentaires.
Vous avez des projets immédiats ?
Je suis revenu en France depuis
9 mois, je me réhabitue à la scène parisienne,
je reprends mes repères. Paris a changé, de nouveaux
musiciens très talentueux sont apparus.
Je joue beaucoup en sideman, notamment avec Xavier Richardeau.
J'enseigne la guitare à l'IACP et je pense consacrer une
partie de mon temps à la pédagogie qui permet de
se remettre sans cesse en question et de clarifier sa vision de
la musique en général et de la guitare en particulier.
Je voudrais continuer à faire des aller/retours à
New York. Nous avons des projets dans ce sens-là
avec le pianiste de mon disque Michael Wilner. J'aimerais aussi
jouer plus en Europe, mais les choses prennent du temps, il faut
être patient.
Propos recueillis par Daniel Belamy