LA PLAYLIST ELABETH

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Player Elabeth

On remarque le jeune Fabien Mary' parce qu'il joue dans de nombreux et remarquables orchestres, mais aussi par sa concision et sa détermination. Né le 6 mai 1978 au Mans, arrivé à Paris il y a quatre ans, il a vite gravi les échelons de l'excellence, en big band comme en petit groupe, pour proposer une musique inspirée par les grands trompettistes hard bop. il devrait sortir un CD à l'automne chez Elabeth en compagnie d'Ugo Lippi, Nicolas Rageau et Mourad Benhamou.

"J'ai grandi en Normandie, mon père est cadre à la SNCF et ma mère infirmière. Ils ne sont pas musiciens ni particulièrement intéressés par la musique. J'ai commencé à l'école de musique vers 6 ans pour le solfège et la trompette vers 8-9 ans. A 15 ans, je savais que je voulais faire ça. J'ai fait du classique en conservatoire et je n'ai arrêté pour me consacrer au jazz que quand je suis monté à Paris, en octobre 1998. Une classe de jazz s'est montée à l'école où j'étais: petit à petit, à force de jouer du Basie, et de jouer du jazz dans divers contextes, je me suis intéressé au jazz. Au moment où on fait des choix, on ne se rend pas toujours compte qu'on ne sait pas grand-chose. Après coup, je me rends compte que c'était un choix plutôt risqué: j'aurais pu vraiment me planter !

Même si on a des périodes où on écoute certaines choses plus que d'autres, je cherche actuel lement à remonter en arrière, à tout connaître. Ça me semble essentiel: pour jouer du jazz, il faut tout connaître, du débutjusqu'à la fin, les standards et le reste. Mes modèles sont avant tout Clifford Brown et Kenny Dorham, mais il y en a plein d'autres: Conte Candoli, Art Farmer, Lee Morgan, Donald Byrd, Fats Navarro... En dehors de la trompette, Charlie Parker. J'écoute aussi beaucoup les big bands Thad Jones-Mel Lewis et ceux de la Côte Ouest comme Bill Holman, Terry Gibbs où l'arrangement est très important avec des super musiciens de pupitre, moins de blues mais une énergie différente...

Je suis dans l'orchestre de Michel Pastre, le Gérard Badini Super Swing Machine, le Paris Jazz Big Band et le Vintage Orchestra, sans compter les remplacements à droite à gauche chez François Laudet ou autres... J'ai été l'un des initiateurs du Vintage Orchestra avec Dominique Mandin (as), Sophie Allour (Is) et Eric Poirier (tp). C'est difficile de prendre les décisions à quatre et maintenant Dominique s'en occupe. On joue la musique de Thad Jones-Mel Levvis et de Bill Holman et c'est un big band qui me tient à cur. J'ai fait beaucoup de petites formations qui n'ont pas forcément duré, autrement je joue dans le quintet de Mourad Benhamou et dans le quintet-sextet de Xavier Richardeau. Grâce à lui, j'ai rencontré beaucoup de gens, il m'a fait jouer dans plein d'endroits. Sinon je vais essayer de tourner avec mon groupe, Ugo Lippi, Fabien Marcoz, Mourad Benhamou.

Avant j'étais «très Blue Note», maintenant je reviens plus vers Clifford Brown, entre belbop et hard bop. Ce dont j'ai envie avant tout, c'est de jouer des standards. Mais avec Mourad on adore aussi jouer des trucs plus récents...

Mais je suis encore jeune, on ne peut pas tout faire en mëme temps. Je n'ai pas encore bien travaillé Harry Edison, Joe Newman par exemple, mais j'aimerais: pour le momentje ne fais qu'imiter, je ne maîtrise pas ça à fond. J'adore ça mais il faudra voir dans 10 ans ce que ça donne... On entend souvent dire «j'ai travaillé la tradition maintenant je vais faire ma musique » par des types qui ont 25 ans. Il y en a pour au moins 10 ans de travail, même si on est très doué. Maintenant, si on a quelque chose à dire, ça se sentira de toute façon. Et moi, ce que je veux faire pour l'instant, c'est bosser la tradition : dès que j'achète un disque, il y a toujours un morceau que je ne connais pas et que j'ai envie d'apprendre !

On ne peut pas vraiment comparer des compositeurs comme Cole Porter et Lee Morgan ou Freddie Hubbard, même s'ils ont écrit des morceaux superbes que je passais mon temps à repiquer. Si on veut jouer des choses chantantes, on va plus se tourner vers les standards. Il existe tellement de choses à l'heure actuelle qu'on préfère peut-être jouer des morceaux qui font partie de l'histoire plutôt que des compositions contemporaines plus anecdotiques même si elles sont excellentes comme chez Eric Alexander ou Joe Magnarelli pour prendre des gens que j'aime bien. Question d'époque... Je trouve que les styles sont un peu cloisonnés. Ceux qui font du swing ne font que ça, ceux qui font bebop ne font que ça... C'est une spécialité française, c'est vrai. Je suis allé une fois à New York et je m'y suis plus senti chez moi: au buf, il y avait des tonnes de morceaux, alors qu'ici tout le monde joue toujours les mêmes, et tout le monde venait faire le buf, quel que soit le style de leur musique. Chris Potier joue les standards dans ce contexte. Pour ce que je veux faire, je ne trouve pas la scène parisienne très stimulante : c'est le meilleur endroit en France pour rencontrer du monde mais comme chacun est un peu dans son coin, il n'y a pas une grande émulation... J'aimerais bien partir à New York, peut-être dans un an... A Paris, quand on a une situation établie, on peut facilement tomber dans le piège du confort: on m'appelle, j'ai du bOLllot, je ne peux pas me plaindre mais ça incite à se reposer sur ses lauriers. Alors que si je vais à New York, je n'aurais pas de boulot et il va falloir construire quelque chose en bossant. C'est pour ça que j'ai envie d'y aller...

Je ne sais pas pourquoi j'aime le jazz. C'est le hasard des rencontres, je n'étais pas doué pour le classique et le jazz m'a toujours plus attiré Sans doute une question d'univers, de tempérament. Le classique m'a toujours paru rigide Chacun a un parcours et une histoire différentes, c'est ce qui fait que personne ne sonne pareil. Mais j'essaie de retrouver ça en écoutant les disques de l'époque. Evidemment, ce n'est vraiment pas ce que je vis. En même temps, i y a une image du jazzman un peu exagérée. Wayne Dockery m'a raconté un concert récent d'un très bon saxophoniste mais qui était complètement bourré. Nayne m'a dit qu'il fallait arrêter de croire que cette attitude-là, un peu errante, c'était lejazz. Le jazz c'est une culture, c'est pas juste un style qu'on veut se donner Au début quand j'ai commencé, je me la jouais un peu artiste: il faut savoir présenter la musique, savoir se présenter sur scène. On apprend en permanence et j'espère qu'on entendra la différence dans deux ou trois ans Je suis en apprentissage, j'apprends des chan sons, j'espère pouvoir aller à New York, c'est tout, je n'ai pas de plan de carrière. Sinon, j'a un disque qui va bientôt sortir: je joue ce qu me plait dans l'esprit qui me touche. Rien de révolutionnaire... En général, ceux qui vous reprochent ça ne jouent pas du jazz. Ils ne revendiquent pas de jouer une musique fondée sur le blues et le swing, ils se disent jazz parce que leur musique est improvisée mais ça n'es pas ce qui définit le jazz. Il y en a aussi qui veulent à tout prix que le jazz soit modal ou plus moderne: est-ce que c'est moins daté que ce que je joue ? De toute façon, je ne crois pas qu'il y ait une grande différence à jouer une musique qui a trente ans ou bien quarante ans De toute manière depuis les années quatre vingt, il n'y a plus eu de nouveau courant."

Jean SZLAMOWICZ